CPF : le financement ne suffit plus, la pertinence du parcours devient centrale

Depuis sa réforme en 2018, le compte personnel de formation a rendu la formation professionnelle plus accessible. Des millions d’actifs peuvent désormais mobiliser directement leurs droits pour acquérir des compétences, préparer une reconversion, réaliser un bilan ou faire reconnaître leur expérience.

Ce succès quantitatif s’accompagne toutefois de plusieurs difficultés : dépenses importantes, fraudes, qualité inégale de certaines offres et impact encore difficile à mesurer sur les trajectoires professionnelles.

Dans un rapport publié le 9 juillet 2026, la commission des finances du Sénat appelle à une nouvelle étape : passer d’une logique de consommation de formations à une véritable politique de développement des compétences.

À retenir : les recommandations du Sénat ne sont pas encore des obligations légales. Elles indiquent cependant une orientation claire : davantage de contrôle, de cofinancement et d’exigence sur les résultats.

Un dispositif devenu incontournable

La réforme de 2018 a entraîné une très forte augmentation de l’utilisation du CPF. À la fin de l’année 2025 :

  • 9,9 millions de dossiers avaient été financés depuis le lancement de Mon Compte Formation ;
  • environ 185 500 formations distinctes étaient accessibles ;
  • plus de 14 000 organismes étaient référencés ;
  • le dispositif représentait près de 2 milliards d’euros de dépenses par an.

Cette progression traduit un véritable besoin. La formation n’est plus seulement envisagée comme une obligation décidée par l’employeur, mais comme un outil que chaque actif peut mobiliser pour agir sur son avenir professionnel. Pour autant, disposer d’un financement ne suffit pas à construire un projet cohérent.

Seulement 17,4 % de formations préparant à une certification RNCP

Le Sénat constate qu’en 2025, seulement 17,4 % des formations suivies avec le CPF préparaient à une certification inscrite au RNCP. Les formations inscrites au Répertoire spécifique représentent entre 40 et 47 % des dossiers selon les années. Les autres actions concernent notamment les permis de conduire, les bilans de compétences et l’accompagnement à la VAE.

Le rapport considère que les parcours suivis sont insuffisamment qualifiants. Ce constat mérite néanmoins d’être nuancé. Une certification RNCP apporte une reconnaissance professionnelle clairement identifiable. Mais l’utilité d’une action ne dépend pas exclusivement de son classement administratif.

Un bilan de compétences peut permettre de clarifier un projet, d’éviter une orientation inadaptée ou de préparer une reconversion réaliste. La VAE permet d’obtenir tout ou partie d’une certification grâce aux compétences acquises par l’expérience. Une formation courte inscrite au Répertoire spécifique peut répondre à un besoin technique ou réglementaire immédiat.

La bonne question : il ne suffit pas de demander si une formation est certifiante. Il faut aussi déterminer à quel objectif professionnel précis elle répond.

Des effets professionnels réels, mais difficiles à isoler

Le rapport souligne la difficulté à mesurer l’impact direct du CPF sur l’emploi ou les évolutions de carrière. Les données disponibles montrent néanmoins que :

  • 43 % des salariés interrogés estiment que leur formation a modifié leur manière de travailler ;
  • 30 % déclarent être devenus plus performants ;
  • 22 % peuvent accomplir de nouvelles tâches ;
  • 26 % des salariés avaient connu une évolution professionnelle dans les huit à neuf mois suivant leur formation ;
  • 35 % des personnes initialement en recherche d’emploi occupaient un emploi huit à neuf mois plus tard.

Ces résultats ne permettent pas d’attribuer chaque évolution à la seule formation. Ils montrent cependant qu’une action bien choisie peut produire des effets dépassant l’obtention immédiate d’un nouvel emploi. L’amélioration d’une pratique professionnelle, la prise de nouvelles responsabilités, la reconnaissance d’une expérience ou la préparation d’une mobilité sont également des résultats importants.

Les règles du CPF ont été durcies en 2026

Depuis le 2 avril 2026, la participation financière obligatoire est fixée à 150 euros par inscription, sauf exonération. Sont notamment exonérés les demandeurs d’emploi et certains salariés bénéficiant d’un financement complémentaire de leur employeur, d’un OPCO ou d’une branche professionnelle. Service-Public.fr présente les conditions applicables.

Depuis février 2026, les droits mobilisables sont limités à :

  • 1 500 euros pour les formations préparant à une certification du Répertoire spécifique, sauf CléA ;
  • 1 600 euros pour un bilan de compétences ;
  • 900 euros pour un permis de conduire du groupe léger.

Les certifications inscrites au RNCP ne sont pas soumises à ce plafond. Les règles détaillées sont disponibles sur Mon Compte Formation. Un délai de cinq ans doit également être respecté entre deux bilans de compétences financés par des fonds publics.

Ces mesures devraient générer près de 949 millions d’euros d’économies en année pleine.

Réguler la demande ne garantit pas la qualité

La réduction des dépenses ne constitue pas, à elle seule, une politique de qualité. Le Sénat estime que la participation obligatoire a entraîné une baisse de 15,8 % du nombre de bénéficiaires l’année suivant son introduction. Le plafonnement des droits pourrait également provoquer entre 10 et 15 % de renoncements.

Un plafond uniforme peut par ailleurs favoriser des offres moins coûteuses, mais aussi plus courtes ou moins approfondies. Le prix d’une formation ne permet pas, à lui seul, d’en mesurer la qualité.

Le rapport recommande donc de déplacer progressivement la régulation vers l’offre :

  • contrôle renforcé des organismes ;
  • vérification des certifications et des habilitations ;
  • lutte contre les prix manifestement disproportionnés ;
  • analyse des résultats obtenus ;
  • meilleure coordination des autorités de contrôle ;
  • sanctions contre les offres non conformes.

Pour les organismes sérieux, cette évolution impose de pouvoir démontrer la cohérence entre le besoin du bénéficiaire, le contenu de la prestation, les compétences des intervenants et les résultats attendus.

Le cofinancement appelé à prendre une place centrale

La principale proposition du Sénat consiste à développer les abondements du CPF par les employeurs, les OPCO, les branches professionnelles, les régions et France Travail. Depuis le lancement de Mon Compte Formation, ces cofinancements ne représentent que 9 % des montants pris en charge. En 2025, les dotations des employeurs ont atteint 25,6 millions d’euros et bénéficié à un peu plus de 17 000 titulaires.

Les formations soutenues par un employeur sont pourtant :

  • plus souvent qualifiantes ;
  • davantage orientées vers une certification RNCP ;
  • moins fréquemment annulées ;
  • plus facilement reliées aux besoins de l’entreprise et au projet du salarié.

Le cofinancement peut donc devenir un outil de co-construction du parcours. Il permet de dépasser le solde disponible sur le CPF et de financer une action plus complète. Cette démarche doit cependant rester volontaire. La mobilisation du CPF relève de l’initiative de son titulaire et l’entreprise ne peut pas obliger un salarié à utiliser ses droits.

Comment choisir une formation réellement utile ?

Avant de mobiliser son CPF, plusieurs questions doivent être posées :

  • Quel est mon objectif professionnel précis ?
  • Ai-je besoin d’acquérir une compétence, d’obtenir une certification ou de faire reconnaître mon expérience ?
  • La formation est-elle inscrite au RNCP ou au Répertoire spécifique ?
  • Quelle est sa durée réelle et quel accompagnement est proposé ?
  • Les compétences des intervenants sont-elles vérifiables ?
  • Quels résultats les précédents bénéficiaires ont-ils obtenus ?
  • Le coût est-il cohérent avec la durée et le contenu ?
  • Un financement complémentaire est-il possible ?
  • La formation s’intègre-t-elle dans un parcours plus large de mobilité ou de reconversion ?

Principe essentiel : commencer par chercher une formation uniquement parce que des droits sont disponibles est une mauvaise méthode. Le financement doit soutenir un projet, pas le créer artificiellement.

Construire un parcours avant de mobiliser son budget

Le rapport du Sénat marque une évolution importante du débat sur le CPF. L’objectif n’est plus seulement de rendre les formations accessibles, mais de s’assurer qu’elles contribuent réellement au développement des compétences et à la sécurisation des parcours professionnels.

Cette évolution renforce l’importance du diagnostic, de l’accompagnement et de la personnalisation. Un bilan de compétences, une VAE ou une formation n’a de valeur que s’il répond à un besoin identifié, s’appuie sur une méthode rigoureuse et débouche sur un plan d’action réalisable.

DRM Formation accompagne les salariés, les demandeurs d’emploi, les agents publics et les entreprises dans la construction de parcours adaptés à leurs objectifs : bilan de compétences, VAE, formation et accompagnement des mobilités professionnelles.

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