Le e-learning s’est largement développé dans les entreprises et les organismes de formation. Flexible, accessible à distance et facilement déployable, il permet de former des publics nombreux sans les réunir systématiquement dans une même salle.
Cette souplesse ne doit toutefois pas entretenir une illusion : une formation numérique n’est pas une formation sans matière ni énergie. Elle repose sur des terminaux, des réseaux, des serveurs et des centres de données. Son empreinte dépend autant de ces infrastructures que des décisions prises lors de la conception du parcours.
Le point clé : le distanciel peut réduire certains déplacements, mais il n’est pas automatiquement bas carbone. Pour agir sérieusement, il faut raisonner sur l’ensemble du cycle de vie de la formation.
Le numérique représente 4,4 % de l’empreinte carbone française
Selon la mise à jour ADEME-Arcep publiée en janvier 2025, les usages numériques ont généré en 2022 environ 29,5 millions de tonnes équivalent CO₂, soit 4,4 % de l’empreinte carbone de la France. Le périmètre actualisé tient notamment compte des centres de données installés à l’étranger mais sollicités par des utilisateurs français.
Les terminaux concentrent environ 50 % de ces émissions, les centres de données 46 % et les réseaux un peu plus de 4 %. Cette répartition rappelle deux réalités : la fabrication des équipements reste déterminante et la croissance des usages alimente fortement les besoins de calcul et de stockage.
La dernière enquête annuelle de l’Arcep, publiée en mai 2026, observe d’ailleurs une hausse de 12 % de la consommation électrique des opérateurs de centres de données étudiés en France en 2024, ainsi qu’une progression de 23 % des émissions mesurées sur les scopes 1 et 2. L’amélioration de l’efficacité technique ne suffit pas lorsque les volumes continuent d’augmenter.
Les quatre principaux postes d’impact d’un parcours numérique
- La fabrication des terminaux. Ordinateurs, écrans, tablettes et smartphones ont déjà mobilisé des ressources et généré des émissions avant leur première utilisation.
- L’hébergement et le stockage. Une plateforme LMS, ses sauvegardes, ses vidéos et ses archives sollicitent des infrastructures en continu.
- Le transfert des données. La vidéo, les classes virtuelles et les fichiers volumineux augmentent les volumes échangés, particulièrement lorsque les utilisateurs se connectent via un réseau mobile.
- La production et la maintenance du contenu. Captation, montage, exports multiples, mises à jour et conservation de versions obsolètes ajoutent leur propre consommation de ressources.
Il faut néanmoins éviter les raccourcis. Les chiffres disponibles concernent le numérique dans son ensemble. Il n’existe pas une empreinte carbone universelle par heure de e-learning : un module textuel léger suivi sur un ordinateur conservé plusieurs années n’a rien de comparable avec une plateforme riche en vidéos 4K consultée par des milliers de personnes.
Le distanciel n’est pas toujours préférable au présentiel
Une formation à distance peut éviter des trajets, de l’hébergement et l’utilisation d’une salle. Elle peut donc présenter un bilan favorable, en particulier lorsque les participants sont géographiquement dispersés. Mais ce résultat dépend du nombre de personnes, de la distance évitée, du type de contenu et de la durée de consultation.
Le choix du format doit d’abord répondre au besoin. Une séquence en présentiel peut être plus pertinente pour une mise en situation complexe ; une ressource asynchrone légère peut suffire pour transmettre une procédure ; une classe virtuelle courte peut remplacer efficacement une réunion. L’écoconception commence par l’utilité.
Neuf leviers pour concevoir un e-learning plus sobre
- Définir l’objectif avant le format. Chaque média doit répondre à un apprentissage attendu. Si un texte illustré suffit, produire une vidéo n’est pas justifié.
- Réduire la durée utile. Des séquences courtes et ciblées limitent les contenus superflus, facilitent la mémorisation et améliorent souvent le taux de complétion.
- Appliquer une hiérarchie de sobriété. Le RGESN recommande de choisir le format le plus léger compatible avec le besoin : généralement texte, puis image, audio et enfin vidéo.
- Optimiser les médias. Compresser les images, adapter la résolution vidéo à l’écran réel, supprimer la lecture automatique et proposer plusieurs qualités de diffusion.
- Concevoir pour les connexions modestes. Une interface légère, un affichage mobile efficace et des ressources téléchargeables réduisent les transferts inutiles tout en améliorant l’accessibilité.
- Éviter la surenchère fonctionnelle. Animations, effets visuels, badges et interactions ne sont utiles que s’ils soutiennent réellement l’apprentissage.
- Prolonger la compatibilité matérielle. Un parcours accessible depuis des équipements anciens évite d’imposer un renouvellement prématuré et élargit le public pouvant se former.
- Gérer la fin de vie des contenus. Définir une date de révision, supprimer les doublons et désactiver les modules obsolètes limitent l’accumulation sur les serveurs.
- Mesurer des indicateurs utiles. Poids moyen d’une page, volume de données par parcours, part de vidéo, durée réelle et taux d’abandon permettent de piloter les améliorations.
Intégrer l’écoconception dès le début du projet
Corriger un parcours après sa mise en ligne est possible, mais souvent plus coûteux. Une démarche solide intègre la sobriété dès le cadrage, au même niveau que les objectifs pédagogiques, l’accessibilité et l’expérience utilisateur.
- Cadrer : identifier le public, le besoin, les contraintes d’équipement et de connexion.
- Arbitrer : choisir le bon équilibre entre présentiel, classe virtuelle et asynchrone.
- Budgéter : fixer des limites de durée, de poids et de recours à la vidéo.
- Tester : vérifier le parcours sur un appareil ancien et une connexion limitée.
- Améliorer : analyser les usages réels et supprimer ce qui n’apporte pas de valeur.
Sobriété, accessibilité et efficacité vont souvent ensemble
Un module plus léger charge plus vite, fonctionne sur davantage d’appareils et reste accessible aux personnes disposant d’une connexion limitée. Une vidéo accompagnée d’une transcription répond à plusieurs usages. Un parcours plus court et mieux structuré réduit la fatigue cognitive.
L’enjeu n’est donc pas de produire une version dégradée de la formation, mais de retirer ce qui est inutile. La qualité pédagogique ne se mesure ni au nombre de vidéos ni à la sophistication de la plateforme.
Choisir le format adapté à chaque parcours
La formation en ligne conserve toute sa pertinence lorsqu’elle répond à un besoin réel et qu’elle est conçue avec mesure. Les organismes de formation, entreprises et concepteurs pédagogiques disposent de leviers immédiats : prolonger la durée de vie des équipements, alléger les contenus, limiter le stockage inutile et faire de chaque média un choix justifié.
DRM Formation propose des accompagnements en ligne ou en présentiel afin d’adapter les modalités aux objectifs, aux contraintes et au rythme de chaque parcours professionnel.
Découvrir les accompagnements de DRM Formation